Interviews

« Adrien- Salut Thierry, Merci d’avoir accepté cette proposition de discussion à distance. Alors oui on pourrait parler de Kronstadt, qui va bientôt sur ses trois ans d’existence de groupe. Même si on se connaît depuis longtemps et qu’on se voit aussi pour faire d’autres trucs que de la musique, vu qu’on a des styles de vies pas bien éloignés. En ce moment c’est la musique qui nous rassemble. C’est une période intense là, on a de bons retours par rapport au disque, on revient de tournée en Espagne et on nous invite ici et là. Là on surfe un peu sur la vague d’intérêt pour le punk-rock chanté en français…mais ça fait des années et des années qu’on fait partie d’un bon réseau punk ou activiste, donc ça simplifie aussi les choses pour nous en retour. »

 

« REST- vous êtes deux groupes assez différents dans la zique mais pas si éloignés que ça dans les idées qui sont assez mises en avant dans vos textes et puis dans ce zine report?

Manu et moi ça commence à faire longtemps qu’on se connaît, bien avant l’existence de nos groupes respectifs. On s’est rencontrés dans des concerts en Bretagne avec pour point commun la musique crust et les fanzines. Je crois que c’est le point de départ. Ensuite, au niveau lillois, je crois que c’est une date commune Traitre/Litovsk/Syndrome 81 vers 2013/2014 si je me souviens bien. Au niveau collectif, on a tout de suite ressenti une proximité et des points communs, comme le fait de se bouger sur des luttes ou activités commune, d’écouter des musiques similaires, d’avoir à peu près les mêmes sapes, et puis une relative mixité mecs/meufs autour de nous, même si on a beaucoup de progrès à faire niveau féminisme, au niveau de qui occupe la place, qui s’occupe de quoi. Les rôles sont encore trop genrés… 

On met «naturellement» ces idées d’autogestion et la chose politique en avant, on ne se concerte pas avant et ça ne fait pas partie d’un programme. On baigne simplement là-dedans et ça fait partie de nous et de notre manière de communiquer. Mais ce n’est qu’une des facettes de nos univers. Ils sont  aussi peuplés d’illustratrices, de danseurs, de poétesses, de sportives et de cuistots, de soignant-es et d’enfants… »

 

« REST – Pour ceux qui l’aurait raté, il y a une émission radio sur France Culture sur le punk avec l’intervention de Manu et Guéna c’est très pertinent ce qu’ils nous racontent. N’hésitez pas à interroger vos moteurs de recherche informatisés ou me demander…et pour reprendre le fil de l’interview, c’était comment cette tournée les conditions «pratiques», les rencontres… tu avais pris ta valise de zines, t’as ramené des trucs?

Et bien, les contacts venaient pour une bonne part de Manu et de sa bonne maîtrise de la langue et de la culture anglo-saxonne.  Pour ma part, quelques contacts et puis un mail un peu type ont suffit. On ne s’est pas passé de Facebook, tu me diras, pour la tournée espagnole aussi, mais beaucoup moins.

J’avais entendu plus d’une fois que les conditions d’accueil au Royaume-Uni étaient limitées. Mais à la vérification, ça c’est très bien passé. On a tourné, comme en France ou ailleurs, dans un réseau de gent-es amateurs, eux et elles même musicien-nes. Avec des petits apparts, devant se lever tôt le lendemain pour aller bosser, etc…il faut simplement prendre acte de ça et ne pas trop en attendre des organisateur-rices.

Pour la valise, non, j’avais la flemme. Mais j’ai fait la rencontre de plusieurs fanzineus-es, comme Richard à Manchester du très bon fanzine One Way Ticket To Cubesvile, et plus récemment de The Vegan’s Guide. Et puis le très bon Hydra Bookstore de Bristol, et aussi le Cowley Club à Brighton, lieu où on peut trouver Isy, la rédactrice du fanzine comic Morgenmuffel, membre de la cantine mobile TeaPot… »

 

« REST- Kronstadt fait partie de la «nouvelle scène» oi! avec des textes assez sombres et politisés?

C’est une manière de voir les choses, mais je trouve qu’on ne peut pas réduire Kronstadt à une scène Oi! ou à une scène particulière…parce qu’on est pas tous skins dans le groupe, parce qu’on fonctionne de la même manière que tout un tas d’autres groupes d’autres styles différents, parce qu’à Lille il y a certes des skins politisés, millitant-es ou sympathisant-es de tout un tas de causes, mais parmi des personnes avec d’autres influences et repères. 

C’est vrai qu’en peu d’années, ici il y a eu Traitre, il y a eu Douche Froide, souvent avec les mêmes personnes. Au même moment Syndrome 81, puis Litovsk, puis Zone infinie…et à Paris Rixe, Bromure, qui en rajoutaient une couche sur ce qu’avait déjà entamé Gonna Get Yours puis Lion’s Law. Ça peut donner l’impression d’un mouvement, vu que tout ça reste du punk. Mais la réalité est plus nuancée…

Pour le côté sombre et politisé des textes, ça dépend desquels tu parles. Souvent il y a plusieurs niveaux de lectures. Ils peuvent dépeindre des états d’âmes et effectivement ce n’est pas très brillant. Mais ensuite il y a souvent des pistes évoquées ou des échappatoires, des débuts de solutions…après il y a des textes plus premier degré, qui parlent du mouvement contre la loi travail,  la police, l’exil, et même là il n’y a pas de sentences définitives, mais avec un côté «si on s’y mettait vraiment, à plusieurs, on y arriverait». 

 

REST- Oui je parle de oi! mais c’est plus vraiment la oi! “à l’ancienne” c’est comme le mot punk qui veut plus dire grand chose tu peux nous parler de votre public d’ailleurs?

Je connais un tas de gens pour lequel être punk c’est vraiment important dans la vie et je peux t’assurer que ça veut dire beaucoup pour eux. 

 

REST- Ah oui je suis d’accord sur l’importance d’un mouvement, mais le mot punk a tellement été trimballé dans telle ou telle soupe capitalo commercio cliché machin que son image est complètement faussée…  c’est plutôt sur cet aspect que je voulais appuyer…

D’autres mettent un pied dans ce délire quelques années, prennent ce qu’il y a prendre et vont ensuite faire leur route ailleurs. Est-ce qu’on doit les considérer comme des traîtres ou des vendus? Je crois pas. Je me dis que le plus important c’est que les personnes prennent confiance en eux et elles, s’affirment et que les pratiques et comportements libertaires contaminent le plus de milieux possibles.

Notre public ce sont des passionnés de musique, des gent-es volontairement à la marge du mode de vie dominant, des smicard-es, quelques zonard-es, des ami-es qui nous supportent de manière inconditionnelle et chaleureuse, d’autres zicos ou se retrouvant aussi sur scène ou non de manière régulière.

 

REST- Jusqu’au artwork du disque qui casse aussi les codes avec un dessin aquarellé du plus bel effet?

Justement pour parler de codes… ralentir le tempo, chanter en français, essayer d’articuler, c’est une manière pour moi de faire une musique plus accessible et compréhensible. J’ai toujours trouvé ça dommage que les paroles de la majorité des groupes que j’écoutais adolescent soient difficiles à comprendre, à distinguer. Je me disais juste qu’elles se reflétaient dans les pratiques, l’autogestion et le DIY, et que c’était plus évocateur comme ça. 

Maintenant, et ayant déchanté de pas mal de choses au niveau des scènes musicales crust, anarcho, je me disais que c’était bien d’assumer ces pratiques, ces paroles, de manière un peu plus larges et simple, sans tout le côté très sophistiqué des looks, des codes, des références…bon, ça reste une tentative assez limité, mais je vois ça comme ça.

 

REST- Ben UVPR? Il dit que Kronstadt c’est l’esprit des squats lillois (et que ça prend aux tripes!)?

C’est qu’il commence à nous cerner le camarade =). Je te le disais plus haut, je pense que sans ces lieux qui ont été ouverts, tenus, défendus, je n’aurais pas rencontré cette équipe il y a plusieurs années. Respect aux personnes qui se sont mouillées pour les ouvrir ces maisons vides! Et d’ailleurs ça continue ici, malgré la dernière loi ELAN qui pénalise durement les squatteurs. »

Salut camarade,

Puisque tu souhaitais en savoir plus sur Kronstadt, notre groupe de punk rock basé à Lille, je t’écris cette lettre qui j’espère te permettra d’en savoir un peu plus sur nous et de rentrer dans notre univers. J’ai pas trop l’habitude d’écrire sur ce sujet et ce que j’exposerais ici n’engagera pas que moi, puisque nous sommes quatre et que je rédige ça tout seul. J’ai bien aimé la manière dont tu proposais cet échange, sur la base de cette présentation et de quelques textes mis en musique. C’est peut-être bête mais ça fait du bien de recevoir ce genre de demandes sans a priori sur notre musique, ce que nous sommes supposément ou la ville d’où l’on vient. Il y a de nombreux rapports factices ou consensuels dans notre scène punk et la simplicité de ta démarche est rafraîchissante, donc merci.

 

On s’est formé dans le courant de l’automne 2016, sur les cendres de nos groupes respectifs (Anxiety Attack, Douche Froide, Makach, Traitre), et c’est la première fois que je montais un groupe avec les trois autres. Ça nous a semblé évident de faire ça, pour le plaisir d’être ensemble, de faire cette musique punk qu’on écoutait, et aussi pour aller de l’avant et ne pas rester sur des histoires personnelles ou collectives se terminant douloureusement. Depuis ce jour, on a un peu un parcours « classique » d’un groupe. C’est-à-dire qu’on a fait assez vite des concerts au bout de quelques mois, qu’on a cherché à s’enregistrer pour sortir une démo cassette (en split avec Litovsk au printemps 2018, pour partir en tournée en Angleterre) et un disque LP 8 titres à la fin de l’été 2018. 

 

J’explique ça pour te dire que ça n’a pas été la galère car on fait déjà partie d’un réseau, depuis de nombreuses années, de personnes d’un peu partout qui sortent des disques, font des groupes, des tournées, organisent des concerts, s’impliquent dans des luttes ou des projets collectifs…donc pour le moment on profite de cette infrastructure, en tant que groupe, et on n’hésite pas à partager nos billes quand on voit que les personnes en face sont sincères et désintéressées.

 

En fait, j’ai du mal à parler du groupe sans évoquer les choses qu’il y a autour, les groupes, les personnes impliquées dans les squatts ou les lieux autogérés, les luttes sociales et les grosses fêtes et cabarets prix libres ou gratuits. Ça fait aussi partie de l’univers du groupe ces choses. On a la chance de vivre à Lille, où pas mal d’énergies et d’initiatives se concentrent. Si tu compares avec des villes de même taille en France, on est plutôt bien lotis. 

 

Pour répéter on a un grand endroit le long du canal, c’est tout défoncé il y a des péniches, des friches, des tags partout. Il est chouette cet endroit, c’est facile d’y faire de la musique et de s’en inspirer. Je suis sûr que ça serait différent, en moins bien, si on faisait de la musique en centre-ville, à devoir se dépêcher pour jouer à l’heure payante. Là où on est, il y a des gent-es qui travaillent le métal, ceux qui bidouillent des jouets ou des instruments électroniques, qui font de la noise, du jazz, ceux qui font de la vidéo… on se donne des coups de mains parfois quand l’occasion se présente. Il pleut ou fait gris la plupart du temps, mais quand le soleil s’y lève ou s’y couche sur un ciel clair, c’est vraiment la classe.

 

Donc on met ces influences plus ou moins consciemment dans notre son et ça donne cet espèce de punk rock…peut être qu’on entend que nous avons joué dans des groupes hardcore, crust, plus rapide, ou au contraire plus oi! ou post-punk. Personnellement, c’est la première fois que je chante vraiment dans un groupe, avec ma voix claire, avant j’avais tendance à hurler des chœurs dans mes autres groupes. Mais là, j’ai tout à apprendre, la technique, l’endurance, dépasser la timidité. Heureusement que les trois autres membres m’aident et m’ont encouragé. C’est comme un nouvel instrument avec un côté physique et sportif en plus.

 

Au niveaux des paroles, on est plusieurs du groupe à écrire chacun de notre côté. Ça parle de manifestations, des choses qui nous obsèdent, des trucs qu’on veut défendre ou qu’on déteste…tu en jugeras avec les paroles que je te mets en pièce jointe. Elles ne sont pas très militantes ou revendicatrices, si tu compares avec des groupes anarcho-punk. Pourtant on joue et évolue dans des lieux similaires et on fait jouer aussi ce genre de groupes. J’aime bien quand on peut interpréter le sens des textes à la lecture. On est plusieurs à lire beaucoup, de tout, de la littérature, de la poésie, des revues plus militantes ou des bds. 

 

Voilà, j’ai aussi hâte de lire ton fanzine, n’hésite pas à en nous envoyer plusieurs, qu’on fasse tourner autour de nous. Il y a pas mal de lecteurs et de lectrices par ici…la musique, la lecture, la photo ou le dessin, c’est les gent-es qui les font, faut que ça tourne, le plus librement et gratuitement possible, on peut s’en saisir, exprimer des choses, marquer notre trace et rentrer dans d’autres univers, faut que ça continu et que ça soit connecté à notre époque. C’est tellement chiant et pauvre la pose hype ou nostalgique du punk ou d’autre chose. 

 

Vous pouvez nous contacter à cette adresse : [email protected]  et écouter notre disque par ici : https://kronstadtlille.bandcamp.com/releases

 

Mauvais rêves

il fuit comme un éclair

des heures à frapper de colère

il trace sans prévenir

laisse que des vieux souvenirs 

des torrents d’images 

des cendres sans odeurs

aucun dieu, aucun martyr

des tombes sans fleurs

un goût de rien, 

un goût de mort

plus que des mauvais rêves

à défaut de jours meilleurs

 perdu dans le néant 

pas d’illusion, des rêves déchus 

espoir malade, aucun traitement

en ligne droite, droit dans le vide  

des nuits qui empoisonnent, 

des jours qui paralysent

être suprême pulvérisé(e)

attendre encore 

un nouveau souffle

symptôme révélateur

du manque et du néant

carence irréversible 

un goût de rien, 

un goût de mort

plus que des mauvais rêves

à défaut de jours meilleurs

 

Fleurs de Sang 

Il est, des jours sans lumières

dont la somme dissipe les songes

à la faveur de la haine

nos regards reflètent des ombres

abîmes de chair béantes

blessures à vif incontinentes

des mémoires traînées dans la boue 

justifierons des vies à genoux

Pas de retour à la normale

Fleurs de sang sur l’pavé

Des fleurs de sang sur l’pavé

Et ces silences qui rendent sourds

Et si l’État m’envoie la Camarde

A la faveur des palabres

nos cris buteront sur les tours

Et on dira que la roue tourne

en invoquant le destin

au fond vos lumières nous détournent

du bruit des bottes, des nuits sans fins.

Entretien : Kronstadt – Utopie + Traitre = tRotsky?

1) Oi! et yo! les gars! La première question que j’ai envie de vous poser, c’est comment ça va, et comment vous vous débattez avec votre quotidien et votre survie, dans l’ambiance plombée et relativement anxiogène des ces 12 derniers mois sous covid 19 ? Entre confinement, déconfinement, couvre-feu (light ou hardcore), propagande, complotisme, mensonges et contre-vérités, entre monde d’avant et immonde d’après, il y a de quoi se pendre au fil de ses colères… Surtout que vous êtes en ville et que c’est pas forcement là où c’est le moins mortifère… ?

AiediOi! Ça va et vous? Nous t’sais on fait avec, on habite en ville (59 covid land!), du coup on gère les bails comme on peut, chacun de nous un peu à sa façon. Par ailleurs, la loi, le couvre-feu, ça se transgresse facilement, surtout qu’on a la couleur de peau qui laisse un peu plus de marge de manœuvre avec la police, c’est pas la même pour tout le monde… Pour l’ambiance anxiogène, peut-être qu’on se blinde un peu plus et que ça nous rend plus durs et moins patients, j’ sais pas… c’est surtout pénible d’entendre les discours complotistes, conspis et individualistes de la part de gens de plus en plus proches de nous.

Sinon, plusieurs projets musicaux, littéraires, des performances voient le jour autour de nous, on est motivé à se voir et ça nous tient d’humeur sociable… après quand tu compares avec la situation d’autre pays, d’autres gens, ça fait relativiser. Bref, ça va, même si les fêtes et les concerts nous manquent! Beaucoup !

2) On pourrait parler de la couleur de vos lacets ou de vos coupes de cheveux, mais on va plutôt parler de votre blaze, ok ? Alors pourquoi Kronstadt plutôt que, je sais pas, Barcelone, Fourmies ou Wazemmes ? C’est votre identité, comme chantait l’autre, quelque chose que vous désirez mettre en avant rapport au groupe, histoire de renseigner les gens sur votre “état d’esprit” et que les choses soient claires dés le début ? Ou bien plutôt un hommage à cette première offensive armée du prolétariat révolutionnaire (annonciatrice de la Makhnovtchina) contre les raclures bolcheviques ?

Et sinon, vous connaissez le groupe cold wave des années 80 qui s’appelait Kronstadt (un titre sur fRance profonde et un LP chez New Wave Records ) et leur tube “désarmement” ?

Yo, et bien c’est un peu des deux mais c’est pas si clair.

Déjà on a galéré à trouver un nom qui sonne bien. On a tenté d’en proposer plusieurs. « Dommage » ça sonnait bien avec le sens double par exemple. Et Kronstadt, avec ces « K » et ces « T » ça sonnait bien à nos oreilles aussi, même si nos potes nous maudissent et galèrent à le prononcer. Après ça peut aussi faire des jeux de mots…Mais c’est un peu arrivé comme une évidence.

Quand on a monté le groupe, on était plusieurs à être impliqués dans la lutte contre la loi Travail ! de 2016. On participait à des groupes, des assemblées, en plus d’être dans la rue. Et puis d’un coup il s’est mis à y avoir un revival de l’imagerie révolutionnaire, et renforcé avec les 100 ans de la révolution russe de 1917. Bref, la gauche de la gauche avait les neurones et les nerfs en pelote. Ça y allait pas mal sur les symboles et les références…sauf qu’il avait une impression de déjà vu et on voyait déjà gros comme une maison qu’on allait se faire carotter encore une fois par la démarche politique: «stratégie», «raison», «appel à la responsabilité», blablabla. Cette lutte a servi de tremplin pour certaines personnes, qui ont fait leurs armes. Et puis l’inter-syndicale qui te prend, qui te jette quand elle n’a plus besoin de la «force autonome», et puis les coups en loucedé… Ce nom, c’est une humble tentative de rappeler l’histoire de la répression de Cronstadt en Russie, en mars 1921, que la fin ne justifie pas les moyens, n’en déplaise aux adorateurs de figures mouvementistes, aussi charismatiques soient-elles…

Pour le groupe cold wave, on a écouté un peu au début du groupe ouais, on s’était fait une compil avec plusieurs groupes du même nom. Y’avait du métal, du rap, du punk… ce nom a inspiré pas mal de gens dans le monde, et c’est tant mieux si ça peut faire perdurer la mémoire et ne pas nous faire reproduire les mêmes erreurs.

3) Cette année, ce sera justement l’anniversaire des 100 ans de l’insurrection de Kronstadt, et malheureusement aussi, de son écrasement. Comment lui rendre hommage dignement (ou pas!), avec ou sans couvre-feu ? Le bâtard en chef Lallement (va mourir tête de mort!) lui a d’ailleurs lui-même fait un bel hommage à l’envers, en mettant une citation de la raclure tRotsky (le fossoyeur piolétarien) sur ses cartes de voeux de nouvelle année 2021 adressées à ses sbires de la flicaille… Y en a qui cherchent la merde on dirait ?

Bonne question! Comment rendre hommage et maintenir vivant un symbole? On pourrait organiser une commémoration ou un truc symbolique, mais à l’heure actuelle, ça voudrait dire s’extraire de nos activités qui ont autant de sens. Déjà le contexte n’est pas le même qu’à l’époque. Nous ne sommes ni ouvriers, ni marins, ni soldats, comme l’était la grande majorité des participant-es à cette insurrection. On pourrait se poser la question d’un truc mémoriel et « folklorique », un peu comme la vieille garde anarchiste peut le proposer ici ou là. Respect! Mais je crois qu’en ce qui nous concerne, on va se contenter de se dépatouiller avec nos quotidiens, nos débrouilles – politisées ou non – nos projets contres-culturels, essayer de rester fidèle à une certaine notion du collectif, et de le faire le plus sincèrement possible. En soi, c’est une continuité du projet révolutionnaire des Soviets à tendance anarchiste non?

A notre avis, les Trotskistes et consort n’ont pas fini d’inspirer tout les esprits pervers et autoritaires en position de pouvoir. Lui et Lénine ont quand même réussi a utiliser la colère, l’espoir et l’idéalisme de millions de personnes pour leur propre projet et les intérêts de leur caste. Ils ont correctement manié la carotte et le bâton et raffiné la répression en renversant le sens des mots. Un modèle pour garder le pouvoir quoi, tout en gardant une façade publique d’hommes de lettres.

4) Bon, on arrête de parler chiffons, et on va parler musique! Alors Kronstadt, c’est qui, quoi, comment, et surtout pourquoi ? Vous nous faites un petit historique du groupe en toute objectivité ? Vous avez tous joué dans d’autres combos avant il me semble, y en a même qui étaient Dj gabber non ?

Kronstadt c’est Jason, Dead , Mitch, Popi et toute une clique d’ici et d’ailleurs. Y’en a trois dans l’équipe qui jouaient dans Traitre avant Kronstadt. Quand Traitre a pris le large, les trois en question ont eu envie de continuer à faire du son ensemble. Ils sont donc restés chacun au même poste que dans Traitre et Dead, qui lui aussi était un peu à l’arrêt au niveau des groupes comme Makach, a rejoint l’équipe pour chanter et faire de la guitare. Très banal comme histoire. On a eu envie de continuer à faire du punk mid-tempo et à brailler en français. On a commencé par une compo de Mitch (Années de plomb) et une reprise de Criminal Damage (le groupe ricain). On a enchainé les compos avec des guitares qui pleurnichent et puis voilà.

Sinon ouais on a tous les quatre eu quelques groupes avant Kronstadt. Des trucs de hardcore, du Crust, du Post-punkmachin, du punk que tout le monde s’est mis à appeler oi !, et ouais deux d’entre nous ont aussi pas mal joué de Techno (Acid, Speedcore, Hardcore, Gabber, Doomcore…) sur des MK2 en freeparty et dans toutes sortes de lieux de débauche.

5) Chez nous, on a vraiment bien kiffé votre mini-album (j’ai même accroché la pochette sur un mur du bunker tellement elle est jolie !) et votre musique est foutrement addictive! D’ailleurs on n’est pas les seul(e)s à avoir apprécié puisque apparemment vous avez fait un paquet de concerts, et même des tournées internationales (un peu comme Lyon’s Law !). C’est important pour vous les concerts ? Dans quels genre d’endroits est-ce que vous préférez vous produire ? Et au niveau des tournées, c’est pas trop frustrant par rapport au fait de passer rapidement dans les villes/lieux, et de souvent ne pas avoir vraiment le temps de rencontrer les gens ? Dites-nous tout !?

Depuis le bordel ACDC ( à cause du COVID), on a bien eu le temps de se dire et de se redire que les concerts étaient importants pour nous.

À part pendant le premier confinement où le groupe était un peu à l’arrêt, on a pas du tout arrêté de jouer.

On a fait trois concerts en 2020, le premier à Lille au CCL pour le Collectif des Olieux en soutien aux mineurs isolés avec Mirlès, DJ Hope et DJ Dirty Berlin, le tout retransmis en direct sur Radio Campus, à Amiens avec les copains parigo de Barren ? et DJ Meuj aux platines, le week-end juste avant le 1 confinement et le troisième fin septembre 2020 chez les potes d’Aire-sur-la-lys (l’Ouïe Pleure – Grabuge Crew) avec Jodie Faster, Toxic Waste et Gummo. Trois concerts qu’on est sûr de ne pas oublier.

Donc oui, même si on kiffe les répètes dans notre local qui sent en permanence l’odeur d’un lendemain de fête, on kiffe aussi les concerts. Pas tant parce qu’on est des fous de scène et que l’alchimie lors d’un set nous embarque dans une transe absolue mais davantage pour partager un truc avec des gens, voir des potEs, rencontrer des nouvelles têtes, écouter du son, découvrir des nouveaux groupes et surtout s’échapper le temps d’un concert ou encore mieux tracer plusieurs semaines pour une tournée. On a bougé à droite et à gauche : France, Royaume-uni, Espagne, Balkans, Turquie…mais faut pas croire, on a souvent joué devant nous-mêmes et nos 5 potes haha ! On reste des ploucs, même avec style. On a la chance de faire partie de ce réseau punk machin chose international, d’avoir fait joué pendant des années des groupes à Lille, et du coup ce milieu nous renvoie l’ascenseur quand on le demande, juste retour des choses. Comme quoi tout n’est pas foutu et que ça a toujours du sens. Que la solidarité n’est pas qu’un vague slogan de manif ! Oui c’est important les concerts, ça donne du relief à ce qu’on fait. Les ailes nous poussent quand tout le monde reprend les paroles et les chœurs, pogottent et slament, et on ré-attéri quand deux pelés restent devant pour nous regarder faire du rock. Ça arrive. C’est jamais perdu. Pour les endroits où on préfère jouer on se pose pas tant que ça la question: on va plus faire attention à qui sont les gens qui organisent, au prix d’entrée – qu’on souhaite accessible, voir gratuit ou prix libre – à la présence de vigiles (ça, ça fait chier )… du coup on joue principalement que dans des squats, des bars, des lieux autogérés…

Si c’est frustrant de passer en coup de vent dans les villes ? Oui et non ! Non car la tournée c’est l’occaz de se mettre dans un délire avec les copains copines du groupe et qui nous accompagnent. Un délire un peu solo parfois, mais c’est un des buts. Oui toutefois, on est bien quelques-uns à essayer de capter l’ambiance où on met les pieds, à s’intéresser à la situation, aux initiatives, etc. mais avec la barrière de la langue, la fatigue et l’alcool…du coup souvent on garde l’adresse, les contacts, et on s’interdit pas de revenir en villégiature héhé.

Merci pour les compliments sur la pochette. Les murs sont souvent gris. Un deuxième album arrive maintenant que tu lis ces lignes je pense.

6) D’ailleurs après la tournée en Grande-Bretagne avec Litovsk en 2018, vous avez publié le zine “Banned in the Uk” ( ainsi qu’une splitt K7 des deux pegrous), avec des comptes rendus perso des concerts, mais aussi des anecdotes sur les personnes rencontrées et les lieux traversés, ainsi qu’une traduction d’un article des 80’s traitant des liens de la scène punk de classe avec les luttes des mineurs en grève (dure la grève, dure!) sous le règne de la dame de fer. C’est une chouette initiative que de mêler votre expérience en tant que groupe punk en tournée dans un pays étranger et une partie de la mémoire des luttes de ce même pays ! Il devait aussi y avoir (il y a eu ?) un autre zine-report sur votre tournée dans les Balkans. C’est important pour vous de partager toutes ces mémoires, tous ces souvenirs, par écrit, à l’heure où beaucoup de groupes punk et neusk préfèrent partager des vidéos et des photos sur les réseaux sociaux ? Et les zines, brochures, et autre presse indépendante, c’est quelque chose qui vous est cher (même à prix libre) ?

Ouais on aime lire des fanzines, et lire tout court d’ailleurs. Et aider à leur diffusion puisque on a plusieurs activités de diff’ et de tables de presse/infos (Tambour Battant, Lucane distro, sérigraphie, etc…). Avec les Litovsk, on a ça en commun notamment. Laisser une trace de notre passage au Royaume-Uni en 2018, c’est l’occasion d’immortaliser la tournée, comme une belle photo ou carte postale. Prendre le temps d’approfondir les choses, pour palier au rythme d’une tournée, comme tu l’évoquais dans ta question précédente. Et puis ça permet de partager ça aux proches plus tard, et pourquoi pas de transmettre ça à d’autres groupes/activistes qui nous liraient, pour passer le relais.

On est parti trois semaines dans les Balkans jusqu’à Ankara l’été 2019 avec les grenoblois-es de Rip It Up !, et on est en train de bosser sur un fanzine, Ville Morne, où seront publié ce compte-rendu et plus. C’est à peu-près la même démarche pour le coup, sauf qu’on fait notre popote à Lille cette fois-ci, avec les amies dessinatrices qui nous accompagnent depuis le début.

Je crois pas qu’on fasse ça pour se positionner explicitement face aux groupes qui préfèrent partager du contenu numérique. En plus ça nous arrive de suivre certains partages sur des pages ou des sites. Par goût et par choix on préfère ne pas avoir nos identités sur internet, sûrement qu’on préfère mettre en avant nos pratiques, nos univers et nos influences plutôt que nous-mêmes.

C’est pas si évident de trancher sur cette question d’internet et des réseaux sociaux à l’heure actuelle. On pourrait l’être évidemment, mais beaucoup de choses y circulent, en terme de publications, de sorties, de textes…donc c’est une affaire d’équilibre, entre le fait de ne pas se perdre là-dedans, de garder l’essentiel en vue et de ne pas se couper de toute une production musicale/intellectuelle qui fait sa promotion uniquement sur internet.

7) Puisque on parle d’écrit, vous nous causez de vos textes ? Ils sont écrits collectivement ? C’est important pour vous les textes, leur sens bien sur, mais aussi leur rendu, leur esthétique ?

Les textes ont été majoritairement écrit par le chanteur, mais pas que, on est plusieurs à avoir pris part à cet exercice dans le groupe. c’est arrivé plusieurs fois que des copines nous partagent des textes aussi, un dans le premier album et deux dans le prochain opus.

À part NLK, qu’on a faite ensemble dans le salon de Dead un soir, on écrit peu collectivement même si on a pu revenir ensemble sur certain rafistolage de texte. C’est un exercice somme toute compliqué, surtout en français de se livrer avec des mots et de les porter pleinement en musique ensuite. On est pas toujours sûr d’être compris, d’avoir les mêmes références, que ça va plaire, que ça sonne bien.

7bis) Et pour rebondir sur l’esthétisme, dans le morceau NLK vous parlez de gueutas et de fatcap, vous appréciez et/ou pratiquez un peu le graff vandale ? C’est quelque chose qui à mes yeux fait méchamment partie de notre culture de classe, au même titre que le hip hop, le Rébétiko ou les barricades…

Ouais on kiffe mater les graffs et il nous est arrivé, quoi que ça nous arrive encore parfois, d’y mettre un peu du nôtre. Ça fait complètement partie de tout un délire et de toute une culture de rue, de classe, ou populaire. Il y aurait beaucoup à dire mais ce qui est sûr, c’est que l’on se considère pas comme partie prenante d’un « milieu graff ». On aurait aimé savoir manier un spray ou un keurma, on a fait ce qu’on a pu, il paraît que ça s’improvise, kenini ! TMTS ! On a suivi de loin les arracheurs de murs et autres camarades sauvages vandales, et par période on a des envies irrépressibles de marquer et de salir la rue à base de NLK (à la base, Nik Les Krew, Nik l’écrou, transformé par la suite en Nik Les Keufs), ACAB, Squatte tout / nique tout !, ainsi que plein d’autres slogans élaborés dans le genre. Surtout qu’il y a des rivalités latentes et des démarches opposées entre les artistes, les vandales, les politiques, les colleurs d’affiches, les hools’…c’est loin d’être l’unité ! On a regardé de loin le « milieu » du graff même si on a une paire de potes qui ont écumé la ville sous toutes ses coutures et qui ont parfois pris part aux guéguerres comme il se doit (la base!). Il y a plein de blazes qu’on respecte, des pensées à Dave, Jaba, le QDLZ, Tovee, San Momo la Clik, Teke (RIP), Flashback et toustEs les autres…, qui sont des légendes urbaines et d’autres qu’on voit partout sur les routes, à l’étranger, quand on part en concert, quand on se ballade et qu’on tombe dessus par surprise dans des recoins improbables. Les murs et les surfaces sont tout le temps en mutation, et c’est kiffant de chercher à savoir ce qui se cache derrière quelques lettres taguées, de recouper des filiations, des historiques et des histoires, des références, des différences de styles, d’école, selon les bandes, les villes, les époques… Après les délires de bourges des beaux-arts, des salles d’expos et des galeries, les trips narcissiques, on laisse ça à d’autres…

 

8) J’ai l’impression que depuis quelques années, en fRance les groupes punk/skin “politisés” (pour la faire courte) ont tendance à plus mettre en avant, dans leurs paroles, des pratiques de ruptures et de luttes auxquelles ils prennent part collectivement ou individuellement, ou des expériences vécues, plutôt que de chanter/rabâcher des textes-tracts anti-ceci pro-cela, finalement assez éloigné de leur quotidien. Je trouve ça plus sincère et plus constructif, en tous cas bien plus que des leçons d’anarchisme mal-digéré ou d’anti-fascisme consensuel. Mais ne risque-t-on pas de se retrouver, de plus en plus, face à des textes uniquement ego/personnels, voir un peu nombrilistes, au détriment des bons vieux slogans à reprendre en choeur et d’un certain message insurrectionnel qui, pour beaucoup, nous a attiré, jeunes et joli(e)s, dans le punk (à cheveux courts ou pas) tout autant, voir plus, que la musique ou la dégaine ? Et en même temps, le personnel aussi est politique…

Oui t’as raison , c’est risqué, et on est même tombé malgré nous plus d’une fois la tête la première dans le nombrilisme.
Pour nous le punk est un outil collectif au même titre qu’un atelier de boxe au sein d’une amicale
autogérée. On a exploré le punk dans une sorte d’entre soi qui a permis notre apprentissage. Faire un groupe avec des amies, des camarades, peut être une bonne manière de se construire collectivement et aussi politiquement. On commence par avoir envie de faire du bruit ensemble et assez rapidement on veut gueuler des trucs dans un micro. On va chanter nos ressentis, nos maux, nos galères… et là-dedans on va aussi parler de nos ennemis, l’ennemi qui est en nous et aussi du bâtard d’en face.
Le punk comme exutoire et thérapie. On discute entre nous, on partage ce qu’on a dans le bide ou au travers de la gorge. On peut aussi se taire et faire la gueule sans que ça pose problème. Tout ça nous fait du bien. On est en phase avec une équipe, on ne reste pas isolé dans son coin, on fait du rock ensemble, on vibre ensemble et on emmerde le reste du monde ensemble
(seulement pendant nos courtes périodes de misanthropie). Un groupe de punk n’est pas d’office voué à être tourné vers les autres. Il joue d’abord pour lui, ensuite pour ses potes, pour les potes de ses potes, pour les punks et finalement pour toutes celles et ceux qui tripent sur des guitares saturées le temps d’un concert et qui ont la rage (ou pas).
Y’a des groupes qui ressentent le besoin de chanter des slogans, parce que c’est par ça qu’ils sont traversés et d’autres qui vont parler de leur nombril, et peut-être que leurs histoires de nombril vont parler à plein de gens qui vivent le même genre d’histoires de nombril.
Le contenu des textes n’est
sans doute pas la seule chose qui définit un groupe (politiquement) et son identité peut aussi passer par la manière de faire de la musique, de la diffuser et de la partager.
Chacun.e fait comme
il veut, comme il peut et “si tu kiffes pas t’écoutes pas et puis c’est tout “.

(On trouve quand même important que les groupes puissent affirmer des positions claires sur des trucs à des moments)

9) Et puis vous venez d’enregistrer un nouveau skeud, et j’imagine que vu la conjoncture actuelle, il y a peu de chances qu’il soit beaucoup plus guilleret que le précédent ?! Mais peut être que je me trompe et que vous avez décidé de nous vendre du rêve sur fond de punk à roulette ou de ska festif ? Et d’ailleurs, il arrive bientôt cet album ? C’est qui les labels qui vont le porter sur la piste aux étoiles ?

Tout à fait, même qu’on lui a même donné un nom pour faire vrai album : « Quai de l’Ouest ». (référence au quai de la Deûle, canal coulant le long du local de répét’ et environnement pour nous). La pochette rend hommage à ce quartier de Lille (le Port Fluvial) qui est actuellement en mutation et va très vite s’inventer une nouvelle dynamique grâce au doux jeu de la gentrification des quartiers. Lille est un super terreau dans ce domaine. De partout, on construit, on expulse, on repense, on transforme mais au final, ça reste « du béton, du béton, du béton et puis encore du béton, à croire que je vais en voir tous les soirs jusqu’à en perdre la raison » comme dirait Fabe.

Sinon niveau musique, il y a 12 morceaux pour à peu-prés 35 minutes de son, et effectivement, ça reste dans ce qu’on sait faire, une esthétique urbaine, punk-rock et introspective. Mais il y a aussi des mélodies dedans, des aller/retour de l’intime au politique et de la chaleur…tu nous diras quoi. Ça parlera à nouveau de corps, de sentiments, de danse et de jeu, mais aussi de tout un rapport social au contrôle, à la révolte et à ses entraves, aux choses communes, à la fuite… on a essayé de pas se répéter et en même temps d’approfondir quelques thèmes. Et puis deux copines ont participé en nous filant des textes. Le disque devrait être disponible vers le mois de juin, là il est parti à l’usine. Et pour l’équipe à la prod, c’est la même que sur le premier, encore une fois, salut Ben, Karott (UVPR) ! Ian (Lada) ! Manu (Senseless Acts Of Anger) ! Nico (Destructure) !

10) Tout ça se passe à Lille, la Californie du punk en fRance, où sévissent depuis longtemps un paquet de groupes de styles musicaux différents (punk, hardcore, post punk, oi!, hip hop, électro, ou jazz de classe) mais qui gravitent tous plus ou moins dans la même “scène”, ou plutôt le même “milieu”, avec des valeurs, des lieux et des luttes qui semblent communs à pas mal d’activistes, musicaux ou pas. On pourrait croire, vu de l’extérieure, que tout ça ne forme finalement qu’une seule et même grosse “bande”, soudée, combative et solidaire! Alors, qu’en est-il vraiment pour vous qui marinez dedans ? C’est quoi les chouettes trucs (groupes, lieux, zines, initiatives, etc) qui démontent l’ennui en ces temps de crises de par chez vous ?

Il y a de tout comme musique par ici, c’est vrai. La jonction, qui est d’ailleurs le nom d’un groupe de rap de Lille qui faisait pas mal le pont entre différentes équipes et générations, et les connexions s’opèrent en fonction des périodes. En ce moment c’est calme et les liens sont plutôt distendus, il n’y a pas de squat où il y a la volonté de faire du son, pas de concerts sauvages à notre connaissance, les lieux habituels (CCL reprezent) sont en pause… Sinon, Lille c’est pas si grand, alors c’est facile de se croiser dans la rue, au marché, au bar et de faire le point où en sont les unes et les autres. Les jazzeux et les rappeurs qu’on connaissait ont quasiment tous et toutes déménagé, il reste Old Chaps avec Dreo, Sinoque, mais une nouvelle génération arrive, faut avoir le lien pour les croiser au parc ou en freestyle en soirée…Il y a un bon milieu noise, avec l’Atelier d’éveil musical Raymond Poulidor, Chaman Chômeur et Toys’R’Noise qui bougent un peu partout en France pour des festivals, des ateliers et des résidences toutes fauchées. Du côté des punks, il y a plusieurs cliques aussi, on se croise pas forcément tout le temps. Récemment, on s’est retrouvées à 10 groupes pour enregistrer 10 morceaux pour une compile « On marche encore sous la pluie » qui sortira en K7 et CD. Ça donnera un aperçu sonore de ce dans quoi on mijote, et avec qui. Il y a aussi la clique à Spit It Out, une orga/label punk/crust qui fête cette année ses 10ans et prépare un vinyle/fanzine d’anniversaire, les potes de Don’t Trust the Hype et Jodie Faster, les chpers de Grabuge et leur Zine/orga l’Ouïe Pleure… Et puis on peut compter aussi sur plusieurs DJ quand il faut faire danser : Radikal (electro queercore), Hope (trad, rap, afro et caraïbes), Meuj (gabber oldschool), Acab, Ambitek (acidcore, techno farfelu), Berlin (trap, rap, electro), Virginia Borrow (electro clash, queercore), et une bonne émission de radio par l’ami Milky, Rien n’a encore changé sur Radio Campus.

11) Il y en a qui comptent leurs sous, d’autres leurs points retraite, chez nous on compte trop souvent nos morts et c’est rarement la vieillesse qui les emporte. Au bout d’un moment, la mort devient comme une vieille connaissance relou, un genre d’habitude, un peu comme la vie, finalement… mais dans tous les cas, même si ça fait de jolies chansons, on a du mal à s’y faire non ?

On ne s’y fera jamais ! Le temps nous apprend juste à être plus forts que la tristesse, notre mémoire, elle, nous permet de ne pas oublier les personnes qui ont participé à notre construction et qui nous ont donné de l’amour en grosse dose.

12) On parle beaucoup, depuis quelques années, d’une nouvelle scène oi! francophone, sans vraiment mettre des mots dessus pour la définir, et c’est tant mieux ! Vous vous reconnaissez dans cette scène, ou bien ça vous en touche une sans faire bouger l’autre ? D’ailleurs, la oi! c’est quoi finalement pour vous ? Un esprit, une musique, des grandes poches, une coupe de douilles ? Et sinon, c’est quoi le rapport de Kronstadt à la skinitude ?

Peut-on parler de oi ! pour un groupe de punk dans lequel il n’y a qu’un seul neuski ? Peut-on dire d’un groupe qu’il est straight edge parce que seul le chanteur l’est lui même ? La oi ! c’est skin d’abord, faut pas charrier !
Maintenant ça fait stylé de dire qu’on fait du Rock. Bon bah nous on fait du Punk Rock, ça nous va bien comme ça. Y’a une sorte d’imaginaire autour de la scène lilloise (qui vient sûrement pas de nulle part), qui dit que les punks (crusts) bah en fait c’est tous des skins, qu’ils sont tous vegan et toto as fuck. Les temps ont quand même pas mal changé. Y’a toujours des gens qui jouent et écoutent du punk à Lille, plus beaucoup de jeunes il faut bien le dire (allez y’en a deux trois en vrai, Chiaroscuro sisi ! ), des anciens skins donc, des anciens punks, des vieux toujours skins, des punks toujours vieux, des hardcore kids de 34 ans et demi, des vieux qui ont des kids, des crusts skinisés… bref !! Plus très oi ! dans le son, mais les réflexes sont toujours àl. Rien n’a encore changé, on marche encore sous la pluie… ! On traine (moins) pour casser l’ennui ! Ouais bébé, sauvage et prolétaire (ça dépend qui) ! Tout dans les poches, rien dans les mains (à part des heineken)! Skin de Lille, en force (tout est relatif) ! C’est notre identité (en tout cas on est marqué au fer rouge, ou à l’encre bleue)! Rock or die (Oups !).

13) Depuis le début des années 80, le nord de l’hexagone possède une longue histoire en rapport avec la neuskinerie, pas toujours très reluisante on va dire, mais toujours bien active. Les Snix bien sur (la gloire skinhead locale, qui avaient la prétention d’être aussi mauvais que RAS musicalement), le skinzine Ravages (rac à donf) puis ensuite le zine rac-apo Blancs Guerriers, du même rédacteur (qui à d’ailleurs dessiné la pochette du premier ep des Scraps !), puis Pour la gloire, Beer bellies, Un monstre est en moi, entres autres skinzines (pour les 90’s), allant du sharp au rac en passant par la oi!. L’Angleterre et la Belgique ne sont pas très loin, les concerts skin, punk et ska non plus. L’aube du XXIème siècle fut marqué par un début de mouvement skin-gabber-faf dans la région, bien pénible (mais vite calmé !) et importé des Pays Bas. Et toujours la présence de collectifs de zinas comme Panzerjäger/charlemagne zine, ou de groupes de RAC ripous à la Beygon Blanc ou Jonge Warcht, ou bien apo-ta-mère à la The Vero’s. Bref,une sacrée histoire et un putain de passif, même si je parle principalement ici du côté obscur et qu’une scène skin non-rasciste et autonome a toujours été présente dans votre coin ! Alors pourquoi et comment on décide de rejoindre la tribu des pestiféré(e)s neuskis et de se raser la boule dans les années 2000, quand on habite dans la région NP2C, qu’on n’est pas faf, et qu’on est en colère contre ce monde ? L’amour du risque ?

T’as bin bossé dis donc ! Tin sais plus sur eul’skinerie de ch’nord qu’nous quate réunis, de d’dieux !
D’ou tu tiens ça qu’un apo a dessiné la pochette du premier ep des scraps ? Impossibe ! Il est naze le dessin t’façon et pi nous on préfère le Lp Wrapped Up In This Society, et leur titre I Was Blind.
À Lille les gabber-skin c’était nous gros ! Les fafs ils restaient dans leur campagne à faire des tours en scoot et à faire la course contre des vaches. Bon allez, c’est vrai, des fois ils zonaient à la gare Lille-
Flandres, ils se faisaient embrouill’ par les lascars avant de rentrer le bombers PitbullGermany détrempé (trop grand) dans leur village bucolique de Pont-à-Marcq ou de Sainghin-en-Weppes.
Le plus chiant c’est quand les gabber-skins en question (pas nous, les autres !) se mettaient à écouter de la
Oi !, à mettre des sambas, à se tatouer le cou et à trainer avec les hools.
On a eu la chance d’avoir des aîné.e.s bien déter contre les zinas (est-ce-qu’ils ont eu le choix ? Faudrait leur demander), et qui par ailleurs ont aussi été sans concession avec les apos tout en se revendiquant pour certains.es du S.H.A.R.P (Lille en force, nique la france). Du coup on est arrivé, comme on dit maintenant, dans une scène « safe » (seulement en terme de skinerie précisons-le). Il y a eu des périodes certes riches en fafitude, mais en vrai c’était pas non plus la guerre tous les jours (on précise qu’on était bébé ou enfant ou jeune ado voire pas encore né dans les années 80 et que ce qu’on raconte là parle davantage de la période post 2004). Si tu habitais dans le Vieux-Lille (le vrai, pas celui des bourges) à Vauban ou si t’allais chez l’opticien dans le centre-ville un samedi aprém avec ta daronne, bah tu prenais le risque de faire des mauvaises rencontres, mais en vrai dans certains quartier comme Wazemmes, Moulins ou Fives ça restait plutôt tranquille. Évidemment quand t’es skin et qu’tu tiens ardemment à le cracher à la gueule de toute la planète, les embrouilles peuvent facilement pleuvoir de tous les cotés, un Lonsdale sous le bombers, à coup sûr c’était l’embrouille (plus maintenant malheureusement, Sport Direct a tout niqué).
Alors voilà, on a rejoint la tribu des tondus parce que le gabber et le speed nous ont fait vibrer, parce que les potes neuski du grand frère avaient une classe de ouf, parce qu’on était antiraciste, et que taper
avec les zinas et les bourgeois permettait de légitimer et de décharger notre violence sans scrupules. Après on est allé en manif, on a rencontré deux, trois excité.e.s qui détestaient les flics et qui tripaient sur la bagarre, le foot et le rocksteady. Avec eux on a enchainé les concerts et les apéroska, avant de chanter Joe Hawkins dans une salle de répète d’Orchies.
Voilà le travail!
L’amour du risque évidemment, l’amour tout court.
Aujourd’hui le look casual a complètement pris le dessus sur les bons vieux looks bien tricards de
s zina blood and honor d’antan. Depuis la démocratisation du Lyle & Scott and the Stone Island on a plus de repères « fodes !». Y’a peut-être aussi la fatigue qui parfois nous empêche d’aller chébran les jeunes branchés (de plus en plus nombreux-ses) en jean’s courts et Samba blanches, alors qu’avant il nous suffisait de voir un type en Harrington pour partir au quart de tour.

Les fafs sont encore bien àl à Lille, comme ailleurs évidemment. Ils ont toujours leur petit bar privé en centre ville, ils sont toujours au rendez-vous lors des manifs pour tous et vu le climat politique et la crise actuelle on n’est pas au bout de nos peines.

14) On ne parle pas trop des zantifas 2.0 dans Couvre-feu, parce qu’on est poli, et que les gens qui crient des slogans de stade de foot en italien dans des manifs où on leur à rien demandé nous emmerdent. Je pourrais développer, mais j’ai pas que ça à foutre. Par compte l’anti-fascisme me tient à coeur comme partie intégrante de ma révolte anti-capitaliste, car avant d’être des boneheads ou des hools, les fafs ont toujours et surtout été les alliés actifs et objectifs du patronat, du capital et des bâtards de riches. Même si, dans l’histoire de notre classe, l’antifascisme a aussi pu être utilisé contre le prolétariat comme vaseline contre-révolutionnaire, démocratique et républicaine par les maîtres de ce monde et autres garants de la paix sociale. C’est compliqué t’as vu ! Alors, du côté de Kronstadt, c’est comment les rapports avec l’antifascisme, et ça veut dire quoi pour vous d’être antifasciste aujourd’hui, concrètement ?

Vaste question! Déjà on commence à avoir le recul de 15/20ans de parcours individuels et de présence dans ce terreau punk, politique, activiste…ceux que tu nommes les « zantifas 2.0 » n’existeraient pas sans le Scalp et le réseau No Pasaran de l’époque, et en même temps les Rash, qu’on réduit un peu trop rapidement au milieu parisien et à la Brigada Flores Magon. Et heureusement que ces initiatives ont existé, ça représentait vraiment quelque chose pour plusieurs générations, surtout quand tu grandis et vis loin des grands centres urbains. Après le repli sur l’identité « antifa », c’est parfait pour la propagande, l’effet de groupe, et faire des figures sexy pour les médias, mais on paye encore les pots cassés de cette séparation identitaire. Comme si on ne pouvait pas être, « au hasard », antifasciste, féministe, gilet-jaune, syndicaliste et pro-cause animale en même temps. Tout ça participe d’un même combat pour la liberté, l’autonomie et le respect de la vie et des différences. De la à déclarer les actions antifascistes comme des groupes ennemis, faut pas exagérer (il y a ces dernières années des tentatives en France pour désigner l’Afa comme un ensemble de groupes machistes, « blancs » privilégiés et problématiques). Certains d’entre eux sont des amis, des camarades et des compagnons de route, conscients des ambiguïtés et de l’image qu’ils reflètent. Maintenant de l’eau a coulé sous les ponts et c’est plus du tout évident que l’antifascisme ait un rapport clair ou même conscient à la culture skinhead. Même les fafs ne ressemblent plus à des bones. Ceci dit, on garde un recul critique par rapport aux milieux antifa et nos rapports restent distendus, notamment sur la question des choix stratégiques, l’utilisation des médias, les alliances et les fronts communs «républicains», les codes culturels…

 

15) Depuis ses débuts, le rock’n’roll est une musique à forte consonance sexuelle. Dans une époque (les années 50/60) et un monde fortement sexiste, machiste et homophobe, cette musique remit du danger et de la subversion dans le sexe. Puis le cliché “sex&drugs&rock’n’roll” pris le dessus, nivelant la “libération” par le bas, même si le punk a essayé tant bien que mal(e) d’en sortir et de s’en défaire, avec plus ou moins de succès t’as vu. Finalement la perversion, pourtant salutaire, devint rentable, branchée et arrogante, et finit par être vu comme une “déviance de riches” par les jeunes prolos en colère et aux cheveux courts. A sa façon et à ses débuts, la Oi! en revient à chanter une sexualité classique et “classiste”, virile et virulente, hétéro-normée et traditionnelle on va dire pour simplifier. Puis Oi Polloi écrivit “when two men kiss” et Nicky Crane fit son coming-out. La scène keupone, elle, s’est beaucoup interrogé sur les rapports de genres et sur le sexisme, mais le cul en lui même reste le plus souvent dans la sphère privée des couples et des amant(e)s, hormis quelques tristes vantardises de fin de soirée alcoolisée et quelques morceaux sur Chaos en fRance. Bref, d’après vous, quel rôle antisocial , antagoniste et libérateur le sexe peut-il encore avoir pour les classes dangereuses, donc forcement vicieuses ? Saurons-nous conserver l’esprit 69 ?

Déjà spontanément si on voulait entendre parler de sexe en musique on irait pas vers le punk et le rock en 2021, mais plus vers l’electro et le rap, dans des ambiances « sex-positiv » où toutes sortes de représentations de la sexualité circulent de manière beaucoup plus fluides et décomplexées, pour le meilleur et pour le pire. Pourquoi ça coince autant de notre côté, du côté du Rock’N’roll, de parler de corps, de cul? Peut-être déjà parce que c’est une musique vieillissante de notre côté du monde, composée de publics et d’activistes peut-être pas si mixte que ça, et qu’on est loin d’avoir le monopole de l’audace et de la subversion? Bon ok, il y a eu Limp Wrist, G.L.O.S.S aux states, Mon Dragon par ici qui parlait bien de cul, et puis il y a un moment Nocif avec son morceau Robert je t’aime! Et la scène Electro/Cold/Batcave, avec Sexy Sushi, Boy Harsher et Lebannon Hannover qui met en avant le bdsm…

C’est clair que le sexe joue un vrai rôle. Quand t’écoutes les paroles des trois quarts de la production rap actuelle, c’est toujours ce qui lui est reproché, son côté dangereux, immoral, sexiste et prédateur. Une manière aussi de stigmatiser les quartiers, les jeunes et les pulsions de vie… Et en même temps, tout un tas de groupes et de communautés utilisent ces musiques pour affirmer des corps, des sexualités et des pratiques déviantes. De Cardi B et Megan Thee Stallion à Lala &Ce, en passant par Shay, Law à Lille… Tout porte à croire au contraire que parler de cul est un moyen de s’affirmer, se regrouper, de se libérer soi et les autres et de se placer en contradiction avec une norme puritaine, rigoriste, hétéro-normée… et de foutre une bonne tatane à l’oppression. Pour l’esprit 69, il est dépassé, subverti, réalisé tout à la foi. Y’a qu’à se pencher sur tout ça et constater que du chemin a été parcouru, même si c’est jamais gagné, vu qu’il semblerait que la critique du monde marchand et de la consommation ça soit synonyme de retour à l’ordre moral pour certaines personnes.

16) Même si l’on s’en défend, on évolue quand même dans une forme de ghetto (qu’il soit “culturel” ou “politique”) ce qui peut rendre nos rapports à la guerre sociale parfois complexes. La révolte des gilets jaunes nous a bien chamboulé, au point d’y prendre pour certain(e)s une part active, et d’y retrouver l’ivresse de l’inconnu, de la violence de classe et d’une certaine forme d’espoir. Malgré cela, il n’y eu pas ces deux dernières années (à ma connaissance en tous cas) de morceaux keupon ou neuski racontant ou interrogeant cette première insurrection hexagonale du nouveau millénaire ? Alors que plusieurs rappeurs en ont parlé avec virulence. Mais pourquoi notre musique fait-elle si peu écho aux luttes de notre classe foutre-dieu ?

C’est un peu la question du moment que beaucoup de monde se pose dans le punk hexagonal, et pas qu’ici d’ailleurs. Le rapport à la vitesse et aux outils technologiques n’arrangent pas cette impression de décalage. Déjà, c’est pas si clair que l’ensemble des punks se voient comme partie prenante du prolétariat et de la classe ouvrière, ou du moins exploitée. Les mots d’ordre sont plutôt à la désertion, à l’alternative et à construire des en-dehors accueillants plutôt que de chanter un style de vie commun à l’ensemble de la jeunesse. Peut-être aussi que nous les punks sommes les héritiers de cette culture alternative et de ses contractions, à savoir être bien plus présent sur le terrain du travail social, de l’Art et du petit entreprenariat, plutôt que dans des tafs et des conditions plus généralement partagées, à l’intérim, dans l’emploi ubérisé, à l’usine…t’façon le monde d’aujourd’hui est directement le résultat des politiques néo-libérales qui ont déstructuré les quartiers et les bassins d’emplois. Résultat : on est nombreux à chercher un ancrage quelque part et à vouloir se recréer du commun. Bref, on est complètement en slip ! Et puis en face, d’anciens punks font maintenant partie de l’élite culturelle, ils sortent des livres encensés par Le Monde, Arte, Vice…, des reportages et des séries, sont dans les galeries et participent à cet effet musée et fantasmatique de la contre-culture. Si c’est uniquement ça être punk, alors autant en finir avec !

Au sujet des Gilets-jaune, c’est vrai qu’il y a peu de groupes qui en ont parlé à notre connaissance. Les Sales maj’, Tagada Jones si c’est des punks ou encore des punks…mais peut-être que la plupart d’entre eux ont préféré prendre une distance prudente, vu que y’a vraiment à boire et à manger dans les manifs du samedi et sur les rond-points, question point de vue sur le monde. On est pas mal ici à avoir maintenu un lien avec ce sursaut populaire, à avoir participé aux assemblées, aux blocages, aux manifs…d’une parce qu’il s’en est fallu de peu pour que les fafs s’y sentent à l’aise et infusent leurs analyses politiques, de deux parce que c’était jouissif de retrouver là-dedans une certaine gouaille, beauferie et violence politique que les mouvements de gauche habituels ont perdu peu à peu.

17) Avant de se quitter, vous nous dites c’est quoi les groupes, lectures, drogues, sports et autres qui vous motivent et vous accompagnent, en ces temps de covid, ou dans la vie(!) en général ?

En ce moment on écoute Nathy Peluso (Delito et Puro veneno), Arkangel, Angry Silence, Erode, Tumbas, Alpha Wann, les B.O de Joe Hisaishi. On ré-écoute ses classiques, on ressort des disques qu’on avait un peu oublié comme OTH, Les Rats, La souris, PKRK,…et c’est bien.

On lit Jean Teulé (Entrez dans la danse, Crénom Baudelaire ! …), Manchette, des Bds qui font sourire et oublier le Monde et le monde. Ou on relit Akira pour se dire que ça pourrait être pire.

Sans fêtes on ne se drogue plus, alors on fait du sport, seul ou ensemble, on respire, on se soigne, on répète pour être prêt pour le grand jour. Quand certain.e.s d’entre-nous apprennent à dire Oi ! à leur môme ou ne sont pas en train de leur apprendre à mettre un pied devant l’autre, d’autres bossent à l’usine, certains dessinent et font du vélo en rêvant des luttes à venir, pendant que des plus paresseux boivent du thé entre deux coups de mains pour la famille. On avance au ralenti même si finalement ça trace à toute vitesse. Vivement qu’on puisse re.perdre un peu le contrôle, qu’on retrouve de la spontanéité et un joyeux bordel dans nos vies.

18) Bon, l’age aidant, la mémoire flanche parfois, du coup j’ai peut être oublié quelques chose ? Sinon cimer pour votre patience et je vous laisse conclure ? oi!oi!oi!

Cimer à vous et nique leur couvre-feu (pas le vôtre évidemment).

Nos pensées vont à nos proches, nos disparu.e.s et celleux qui luttent. Ni Oubli, Ni pardon, Ni paix.

Contact Couvre Feu: [email protected]

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